Hangover
Mes yeux s’ouvrent, je suis allongé sur mon canapé.
Pas un bruit dehors, il se passe quelque chose, ce n’est pas normal. D’habitude je suis réveillé par les bruits des sirènes, ou le bruit des gens dehors. Mais aujourd’hui, rien.
Une sensation de peur m’envahit. Il ne s’est passé que quelques millisecondes entre mon réveil, et cette pression dans ma poitrine.
Et il arrive d’un coup. La connexion se fait, mon cerveau se met en marche, et une migraine atroce me perce les tampes.
Le bruit revient, la douleur à ma poitrine n’est plus.
En fait, rien a changé, j’ai juste la gueule de bois.
- Jack -
Chérie ? Les vacances sont finies…
Flashback.
Nous avions 9 ans la première fois que l’on s’est vu. Tu étais la fille populaire, connue, que tout le monde voulait embrasser. J’étais ce garçon, banal, un peu grassouillet, avec des lunettes.
J’ai 12 ans, tu quittes le collège et je n’ai plus de nouvelles de toi.
11 ans que nous ne nous étions pas revu. 11 ans déjà que je n’ai pas revu cette fille dont j’étais secrètement amoureux.
Nous sommes samedi, je suis accoudé au zinc de ce pub dont je suis si familier. J’ai commandé un Scotch avec deux glaçons.
Toujours deux glaçons. Je me lance dans un débat sans fond ni forme avec le barman lorsque cette silhouette familière entre dans ce repère miteux.
11 ans et je redeviens ce gamin de 12 ans avec les yeux qui brillent. Tu t’approches et me demande si tu peux t’asseoir. Tu es seule. Tu ne me reconnais pas. Il faut dire que l’adolescent que tu as connu a bien changé.
Tu me regardes d’un air interrogatif et commande la même chose que moi. La première gorgée te fait tousser, je souris.
Nous sommes samedi, et ce soir c’est le début de mes vacances. On discute, mais tu ne me reconnais toujours pas.
Nous sommes samedi, et ce soir, tu es dans mon lit. Confessions sur l’oreiller, tu te souviens enfin. Tu m’avoues me trouver à ton goût. Tu m’avoues que je suis un bon coup.
Une semaine sans se quitter. Une semaine à se rapprocher. Nous ne voulons pas d’une relation sérieuse. C’est un amour de vacances…
Nous sommes dimanche, il est temps de faire nos valises et de repartir à nos vies d’avant. Un dernier baiser et nous nous quittons sur le quai de cette gare.
Nous sommes lundi, tu m’envoies un SMS. Je te manque.
Chérie ? Les vacances sont finies…
- Jack -
Le disque tourne
La bouteille de scotch est sur la table. Elle est vide.
Le disque tourne, le saphir crépite. Allongé sur le canapé, je me lève, il est l’heure d’aller voir mon associé. J’enfile un jeans, allume une clope, met une chemise, mes lunettes de soleil et je pars.
En sortant, je me vois dans la glace de l’entrée. Je m’arrête face à ce trentenaire, le visage abimé, tiré, la cigarette au coin des lèvres, et cette haleine alcoolisée. Si ma défunte mère me voyait…
”- Hi Jack.”
Je descends sans faire attention, je monte dans ma voiture, démarre, et pars.
- Jack -
Et j’allume une cigarette
“Chérie, j’ai ramené le diner de chez le traiteur…”
“Chérie ?”
Sa penderie est vide. Les boites à chaussures à côté du lit ont disparu. Un mot sur le plan de travail de la cuisine.
“Je suis parti. Adieu”
Je m’assoies sur le canapé et j’allume une cigarette.
- Jack -
Un jour, une ruelle…
Il y a 15 ans…
Ce matin là en allant chercher mes cigarettes, je suis arrêté par des cris dans une ruelle. Un groupe de jeunes sont là, telle une meute, en train de lancer des insultes et asséner des coups à quelque chose par terre. Je me rapproche d’eux et vois un pauvre jeune homme allongé et ensanglanté par terre. Je leur suggère de partir avant que cette histoire tourne mal. Ma voix leur montre que je ne rigole pas, et prêt à en découdre avec eux s’il le faut.
Le jeune par terre ne bouge plus. Je m’approche, le saisis, le porte et l’emmène jusqu’à mon appartement. Je l’allonge sur le canapé. Il respire toujours mais est vraiment mal en point. Après quelques soins et quelques heures de sommeil, il se réveille.
En buvant un thé chaud, il me dit qu’il n’a nul part où aller et qu’il s’est fait prendre à parti par des jeunes de son école qui le traite de nul, de pédé, de fils de pute,… Les larmes coulent sur ses joues.
Je lui propose de rester chez moi. J’ai une chambre de libre et je vis seul. Il pourra aller où bon lui semble, faire ce qu’il veut tant qu’il revient le soir… Ce qui a été le cas. Durant prêt de 10 ans, il est venu vivre avec moi. Pendant prêt de 10 ans nous avons partagé nos vies. J’étais son grand frère. Aujourd’hui, il a trouvé un travail, et a déménagé au bout de la rue.
Cette histoire ? C’est la mienne.
Aujourd’hui, mon “grand frère” est décédé et je ne peux que lui être reconnaissant pour tout ce qu’il m’a apporté. Sans lui je serai surement mort le jour où nous nous sommes rencontré. Sans lui, je ne serai pas devenu la personne que je suis aujourd’hui.
Merci.
- Jack -
Ce matin
Il est tôt. Je pose un pied par terre. Le sol est froid. Je m’extirpe de la couette et je file dans la cuisine pour me faire couler un café. La journée s’annonce longue… Je me mets à la fenêtre et je regarde le spectacle que m’offre la rue. Je finis ma tasse et me dirige vers la douche. La buée envahie la salle de bain. Je regarde l’heure. Il est 5h15. Déodorant, parfum, boxer, chaussettes, jeans, chemise, je suis prêt.
Ce matin je ne suis pas seul. Je ne suis plus seul. Tu es là, encore toute endormie, emmitouflée dans les draps. Tu as l’air apaisée. Je peux distinguer un sourire sur tes lèvres. Je m’assoies sur le fauteuil. Je te regarde quelques minutes. Ma présence te réveille. Tu me regardes, tu souris, tu me tends la main, je la saisis et tu te rendors.
C’est la première fois que l’on me regarde avec ces yeux là. Pas comme un simple objet. Je n’ai plus les réflexes qu’il faut, je suis devenu maladroit….
- Jack -
Mes voisins
La neige tombe dans la rue. Accoudé au rebord de ma fenêtre, je distingue mes voisins se préparant pour le repas du réveillon. Cette famille “parfaite” qui va à l’église tous les dimanches, qui couche les enfants à 20h30, et qui a une vraie ligne de conduite. Cette famille m’ennuie.
A l’autre fenêtre, je la vois, elle, grande, blonde, un corps parfait. Elle vit seule. C’est noël, et elle aussi est seule ce soir. Je ne connais pas son prénom, je ne sais de sa vie que ce qui filtre par ses fenêtres. De temps en temps, nos regards se croisent, elle me sourit et je lui rends. Rien de plus.
Ses volets sont ouverts et elle est assise sur son lit, au téléphone. Elle a des larmes qui coulent le long de ses joues. Je me rends compte que je n’ai jamais eu le courage d’aller sonner chez elle pour l’inviter à un prendre un café. Un jour peut être ?
Ma cigarette est finie, je ferme la fenêtre.
- Jack -
La laverie
Un mégot au bout des lèvres, il est 4h00 et je suis assis sur ce banc à côté de la laverie de mon quartier. Lorsque l’on est insomniaque, notre vision de la vie est différente. Toujours fatigué mais jamais endormi. Entre vivant et mort.
Je suis à la laverie, car à 4 heures, à part tourner en rond dans mon appartement miteux, il n’y a rien d’autre à faire. Les “personnes de la nuit”, comme je les appelle, sont là. Je croise Tatiana qui vend son corps pour quelques dollars, Omar qui, lui, vide les poubelles de la ville, ma voisine Sylvia qui est tout les jours habillée d’un peignoir rouge bordeaux, plus ou moins taché, et accompagnée de son chien “Kurk”.
Nous nous saluons tous, mais jamais nous n’engageons la conversation. Tatiana sait que je veille sur elle même si nous n’avons jamais échangé.
Tatiana…. cette jeune fille blonde, elle doit venir d’Europe de l’est ou de Russie. Surement seule, surement malheureuse. Il lui arrive de venir le soir, de s’adosser au poteau, de fumer une cigarette et de repartir dans l’autre sens.
Omar… Surement ancien champion de baseball, il a la carrure d’un athlète, et toujours une casquette sur la tête. Toujours souriant, un fort accent, surement du sud du pays.
Sylvia… Ma chère Sylvia. Toujours affublée de son peignoir crasseux, et son roquet qui ne cesse de m’aboyer dessus. Chaque mois je lui verse un loyer pour mon appartement. C’est le genre de femme à fumer des cigarettes de contrebande, d’être raciste (vu le dégout qui peut se lire sur son visage lorsqu’elle croise Omar), et de cacher un fusil à pompe sous son lit.
Ma laverie, mon quartier, mon insomnie… Et si tout ceci n’était qu’un rêve ? Et si au final, je dormais ? Et si ces personnes n’existaient pas ? Mon monde s’écroulerait-il pour autant ?
- Jack -